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Le pantalon magique

Le 17/03/2006 à 01:00

Réagissez !

Le pantalon magique n'a rien de spécial.

Rien qui dise en le voyant, tiens, ce pantalon est magique. Rien de tout ça. C'est un vieux pantalon beige, plutôt mou, trop vaste, souple, et chic aussi, dans le genre je m'en fiche. Mais banal, sans magie ostentatoire ni notable.

J'avais pris l'habitude de le mettre par instinct quand je jetais l'éponge et que rien n'allait plus comme je croyais le vouloir. Une robe de chambre pour aller dehors, pour quitter la chambre et affronter le monde quand tout me retient. Le pantalon magique ne force pas la dose, quand on le voit, c'est tout ce qu'on peut dire. La magie est discrète.
Tout au début, je n'ai rien remarqué, le type du vidéo store qui m'a donné tout un lot de cassettes avec Jeanne Moreau dedans, un matin à l'ouverture. Il m'a dit tenez, je vous ai gardé ça, je trouve que vous lui ressemblez d'une certaine façon, quand elle était jolie, gardez-les, maintenant, j'ai tout en DVD.

Je n'ai pas remarqué non plus que je le portais. Un jour où je déballais le contenu de ma besace géante, à quatre pattes devant le portillon du métro à la recherche d'un ticket qui n'était pas du tout à sa place, j'ai dû tout remballer en vrac parce qu'un grand garçon souriant m'invitait à passer avec lui dans le tourniquet. Avec un petit geste de la tête que j'ai trouvé génial. Je le portais là aussi.

Précieux comme la prunelle de mes yeux !

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Quelques semaines plus tard, j'ai trouvé un billet de cinquante euros plié en huit, sur le trottoir, juste devant la portière de ma voiture, au moment où je chargeais mes packs de Quézac. Eh bien, je portais le pantalon magique, en plus des packs.

Et, cerise sur le gâteau, c'est le pantalon que je portais à cette fête où je m'étais traînée sans élan particulier, un peu déprim'. C'est dans ce pantalon-là que j'ai rencontré mon nouvel amoureux, je me sentais bien plus moche que toutes les autres réunies, avec leurs petites robes noires et leurs bijoux-bijoux, et leurs collants nacrés.

Maintenant, j'essaye de l'économiser un peu, il s'élime, et comme on ne sait jamais avec les amoureux formidables, ça peut s'élimer aussi, alors, je le garde, précieux comme la prunelle de mes yeux et ma robe de chambre.



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