Faut-il se réjouir ou s'indigner de cette nouvelle intrusion dans la vie privée de la défunte princesse de Galles ? Une seule chose est sûre, l'adoration sincère qui transparaît à travers chaque ligne de Nos plus belles années. Paul Burrell, ex-majordome et confident, n'est pas seulement le témoin privilégié, il est également acteur et complice de celle qu'il appelle avec une respectueuse affection "la Patronne". Aussi la silhouette élancée, la blondeur éblouissante de Diana renaissent-elles à le lire, d'une façon troublante. De nombreuses zones d'ombre s'estompent et la vérité de la plus fascinante des princesses se distingue un peu plus des légendes roses ou noires qui entourent son fantôme. C'est un album de souvenirs, un album très intime d'où sortent à chaque page des tragédies et des éclats de bonheur que, souvent, les observateurs les plus avertis ne soupçonnaient pas.

Le plus bouleversant de tout est sans doute le mot de la fin concernant l'affaire Hasnat Khan. On savait que Diana était tombée amoureuse de ce brillant cardiologue pakistanais, qu'il avait compté pour elle mais on ignorait à quel point et qu'elle l'aimait toujours au moment de sa mort. C'est Paul Burrell que la princesse envoie à la recherche d'Hasnat Khan au beau milieu de la nuit, lorsqu'elle n'arrive pas à le joindre au téléphone. Paul, toujours, part régulièrement le prendre en voiture et le ramène au palais de Kensington, caché sous une couverture et sur la banquette arrière, dans l'appartement 8 et 9 occupé par Diana. "''Hasnat rencontra William et Harry à plusieurs reprises'', écrit l'ex-majordome. ''Elle était pressée qu'ils l'acceptent, eux plus que quiconque... Je suis convaincu qu'ils savent que c'était lui le véritable amour de leur mère, et non Dodi...''" A cette période, selon Paul Burrell, Diana disparaît du palais des journées entières. En réalité, elle est chez Hasnat Khan. De retour parmi le luxe de Kensington, elle prend un verre de jus de carottes avant de conter par le menu à son majordome des escapades bien étonnantes. Elle s'enthousiasme d'avoir joué les ménagères ordinaires dans le studio spartiate, passant l'aspirateur, faisant le lit, la poussière et la vaisselle, sans oublier de repasser le linge. "''C'est l'homme que je veux épouser, déclara-t-elle un beau soir, pelotonnée sur le canapé de son petit salon, en pull et pantalon, un sourire radieux aux lèvres.''" Aussitôt, elle demande à Paul s'il ne serait pas envisageable de préparer un mariage secret, avec juste les deux témoins indispensables.

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Le rendre jaloux...

Et Burrell de s'informer auprès du prêtre de sa famille, le père Tony Parsons, qui lui affirme le caractère impossible de la chose. Dès lors Diana n'a plus qu'une idée en tête, organiser, avec la complicité du journaliste Richard Kay, une fausse photo volée qui "officialiserait" son histoire d'amour avec Hasnat. Seulement, l'intéressé a peur des projecteurs, il trouve que l'idée n'est pas bonne. Alors Diana entre dans une fureur noire et provoque la rupture dans la première semaine du mois de juillet 1997. Le lendemain, Paul a droit au récit de l'ultime entrevue. La princesse est triste, déjà elle regrette son mouvement de colère de la veille, craint d'avoir commis une erreur irréparable, s'interroge, angoissée à mesure que la scène lui revient. Il faut qu'il la rappelle, mais le fera-t-il ? En tout cas, elle ne bougera pas, elle a si souvent accepté de faire le premier pas.

Quelques jours plus tard, elle est à bord du Jonikal, le yacht de Mohammed al-Fayed, où Dodi la rejoint. "''L'idée qu'elle puisse tomber amoureuse d'Hasnat puis de l'héritier de Harrods est inconcevable. Tout ce qu'elle faisait était destiné à alerter Hasnat.''" Son grand espoir est de le rendre jaloux, c'est à quoi doit servir Dodi, faire souffrir l'autre, celui qui seul compte, comme Diana souffre, qu'Hasnat comprenne qu'il ne pourra vivre sans elle, qu'il lui revienne, à ses conditions à elle.
Mais l'amoureux maltraité résiste. Il appellera. Trop tard. Diana est morte et, inconsolable, il demande à Paul s'il peut le voir une dernière fois. "''J'aurais pu la sauver, répétait-il, j'aurais pu !''" Le rendez-vous secret a lieu dans la soirée du jeudi 4 septembre, près de l'hôtel Royal Garden, deux jours avant les obsèques de la princesse de Galles. Au moment de quitter l'appartement 8 et 9, Paul aperçoit sur son bureau le bandeau de tissu bleu marine que Diana utilisait pour tenir ses cheveux. Sans doute l'avait-elle enlevé un jour en bavardant avec lui à l'office. Le bandeau gisait là, froissé, oublié, inutile. D'une main qui s'est mis à trembler, le majordome l'effleure avant de le porter, hésitant, jusqu'à son visage. Le cœur chaviré, Paul respire l'odeur de 24 Faubourg, le parfum d'Hermès que la princesse adorait. Ce simple bout de tissu évoquait tant la vie de Diana à Kensington ! Elle l'avait quand elle s'étendait sur la chaise longue du jardin, quand elle se lovait sur le sofa du salon, ou en arrivant à la table du petit-déjeuner, partout, toujours. C'est ce souvenir sans valeur et sans prix qu'emporte Paul Burrell pour aller rejoindre l'homme que la princesse aimait. Lorsqu'apparaît Hasnat Khan, au volant de sa voiture, l'émotion est trop forte, les deux hommes parlent à peine, mains étreintes et gorge nouée. Alors qu'Hasnat va redémarrer, retourner vers la solitude et la nuit, Paul le retient, sort de sa poche le bandeau bleu marine et le lui donne. En reconnaissant l'objet si familier, Hasnat veut dire quelques mots. Ils se terminent dans un sanglot.

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